Je ne sais pas si ce terme existe, mais il me plaît, alors je m’en sers mais je l’explique. Il est formé de deux racines grecques, agogue pour qui conduit – qui mène, et méta pour au delà – plus loin. Par métagogues, je désigne les drogues, ou en tout cas certaines drogues.
Voici une digression dans un texte de Théophile Gautier que j’ai trouvé en me documentant sur le club des hachichins.
Il existait jadis en Orient un ordre de sectaires redoutables commandé par un cheik qui prenait le titre de Vieux de la Montagne, ou prince des Assassins.
Ce Vieux de la Montagne était obéi sans réplique ; les Assassins ses sujets marchaient avec un dévouement absolu à l’exécution de ses ordres, quels qu’ils fussent ; aucun danger ne les arrêtait, même la mort la plus certaine. Sur un signe de leur chef, ils se précipitaient du haut d’une tour, ils allaient poignarder un souverain dans son palais, au milieu de ses gardes.
Par quels artifices le Vieux de la Montagne obtenait-il une abnégation si complète ?
Au moyen d’une drogue merveilleuse dont il possédait la recette, et qui a la propriété de procurer des hallucinations éblouissantes.
Ceux qui en avaient pris trouvaient, au réveil de leur ivresse, la vie réelle si triste et si décolorée, qu’ils en faisaient avec joie le sacrifice pour rentrer au paradis de leurs rêves ; car tout homme tué en accomplissant les ordres du cheik allait au ciel de droit, ou, s’il échappait, était admis de nouveau à jouir des félicités de la mystérieuse composition.
Or, la pâte verte dont le docteur venait de nous faire une distribution était précisément la même que le Vieux de la Montagne ingérait jadis à ses fanatiques sans qu’ils s’en aperçussent, en leur faisant croire qu’il tenait à sa disposition le ciel de Mahomet et les houris de trois nuances – c’est-à-dire du hachisch, d’où vient hachichin, mangeur de hachisch, racine du mot assassin, dont l’acception féroce s’explique parfaitement par les habitudes sanguinaires des affidés du Vieux de la Montagne.
Assurément, les gens qui m’avaient vu partir de chez moi à l’heure où les simples mortels prennent leur nourriture ne se doutaient pas que j’allasse à l’île Saint-Louis, endroit vertueux et patriarcal s’il en fut, consommer un mets étrange qui servait, il y a plusieurs siècles, de moyen d’excitation à un cheik imposteur pour pousser des illuminés à l’assassinat, rien dans ma tenue parfaitement bourgeoise n’eût pu me faire soupçonner de cet excès d’orientalisme, j’avais plutôt l’air l’un neveu qui va dîner chez sa vieille tante que d’un croyant sur le point de goûter les joies du ciel de Mohammed en compagnie de douze Arabes on ne peut plus français.
Avant cette révélation, on vous aurait dit qu’il existait à Paris en 1845, à cette époque d’agiotage et de chemins de fer, un ordre des hachichins dont M. de Hammer n’a pas écrit l’histoire, vous ne l’auriez pas cru, et cependant rien n’eût été plus vrai – selon l’habitude des choses invraisemblables.
Cool ^^ En bref, on apprend de la drogue qu’elle a comme défaut d’être un paradis artificiel. Quoi qu’il en soit, ça n’a pas dérangé les hachichins, et tant mieux parce-que le reste du récit est bien. J’aime surtout le côté décalé.
Un honnête philistin eût éprouvé quelque frayeur à la vue de ces convives chevelus, barbus, moustachus, ou tondus d’une façon singulière, brandissant les dagues du XVIe siècle, des kriss malais, des navajas, et courbés sur des nourritures auxquelles les reflets des lampes vacillantes prêtaient des apparences suspectes.
La description des effets qui vient après est très intéressante, surtout avec l’expérience qu’on a d’une approche toute différente du THC. (et en plus, l’auteur écrit bien)
Mes voisins commençaient à me paraître un peu originaux ; ils ouvraient de grandes prunelles de chat-huant ; leur nez s’allongeait en proboscide ; leur bouche s’étendait en ouverture de grelot. Leurs figures se nuançaient de teintes surnaturelles.
[…]
Moi, accoudé sur la table, je considérais tout cela à la clarté d’un reste de raison qui s’en allait et revenait par instants comme une veilleuse près de s’éteindre.
=P
Et voici un lien vers le texte complet, nommé « Le Club des hachichins »
Par ailleurs, le cadre étrange et les hallucinations violentes vécues par la suite me rappellent un récit contemporain d’un trip report au LSD qui vaut bien la peine d’être lu.
Les deux textes sont structurellement très ressemblants et présentent une approche qui me plaît beaucoup.