janvier 25th, 2012 By Whisno Categories: Informatique

Le web[1], depuis sa création, ne connaît quasiment pas de limites. Après la phase expérimentale, dans le cadre de la recherche et de l’armée (arpanet), la technologie prometteuse a été étendue à un usage global et décentralisé. Ainsi est né le réseau d’information presque universel et fondamentalement libre que l’on connaît. Les obstacles techniques n’ont jusqu’à présent jamais été sérieux (la pénurie d’adresses IPv4 n’était qu’une de ces prévisions alarmistes qui font vendre) et, selon moi, la fin d’internet ne pourrait être causée que par l’apocalypse ; ou par la généralisation de la télépathie, ce qui formerait un réseau bien plus abouti. Les obstacles politiques, par contre, se font de plus en plus inquiétants.

Ce n’est que mon opinion mais je considère que l’un des plus grands atouts du web est d’avoir une structure anarchique, dans le sens de l’équilibre naturel qui, accompagné de l’évolution des conscience, s’instaure par l’exercice de la liberté. Donc quand j’entend Sarkozy parler avec une impressionnante hypocrisie d’«internet civilisé», ça me cause une nausée que même des fruits de mer avariés ne pourraient causer.

On voit de nombreux gouvernements lutter contre la liberté du web. Certains en censurant franchement : Arabie Saoudite, Chine, Corée du Nord, Iran par exemple ; d’autres d’une manière progressive et insidieuse : France, Etats-Unis, Australie, etc.

La différence entre ces deux types d’attaques de la liberté d’internet tient à l’habitude de la démocratie. Dans les pays dit démocratiques, les mesures autoritaires sont instaurées en faisant prendre aux gens des vessies pour des lanternes ; souvent à l’aide d’outils médiatiques comme la pédophilie ou le terrorisme, mais également le droit d’auteur (LOPPSI, ACTA).

Parmi les raisons qui mènent à instaurer un tel contrôle, je distingue deux éléments prédominants : les pressions de l’industrie (surtout la très vétuste industrie de la musique) et essentiellement le contrôle de la population, qui a toujours été une priorité pour la classe dirigeante. Je présenterai dans la suite de ce document différents aspects du combat autour de la liberté du web.

Empêcher l’anonymat

Une méthode de censure indirecte très efficace, surtout pour les sujets sensibles (qui devraient d’autant plus être librement discutés et documentés sur le web) est de faire craindre aux auteurs d’êtres traqués pour leurs propos. Je dois préciser que la liberté d’expression se désagrège, même dans les pays «démocratiques». Toute l’hypocrisie du débat contre l’anonymat tient en un argument : ceux qui agissent bien n’ont rien à cacher, ne pas révéler son identité n’est donc utile qu’aux criminels.

C’est une des raison pour lesquelles de plus en plus de gouvernements font pression sur RIM (Blackberry) pour avoir accès à leur système de messagerie afin qu’elle ne soit plus privée. Certains ont même mis en place leur propre serveur de messagerie, l’Arabie Saoudite par exemple.

Empêcher les mouvements spontanés, surtout de protestation

Le vil David Cameron déclarait dans le contexte des émeutes de Londres, avec l’intention de mettre en place une surveillance des réseaux sociaux, «Tous ceux qui ont été témoins de ces actes atroces seront frappés de constater comment ils ont été organisés par le biais des réseaux sociaux». On se souvient alors de la manière dont ces mêmes réseaux ont été encensés pour leur rôle dans le «printemps arabe», il faut croire que les protestations et revendications populaires c’est bien tant que ça se passe à l’étranger (et que ça arrange les belligérants).

Une autre méthode est de carrément couper internet dans un pays. C’est ce qu’a fait l’Egypte face aux manifestations. Les Etats-Unis s’en réservent le droit depuis le «Protecting Cyberspace as a National Asset Act of 2010».

Ficher et réduire la vie privée

La tendance autoritaire du pouvoir a tout intérêt à ce que l’internet soit sous contrôle, afin que chaque action soit traçable et chaque internaute profilable selon les besoins. C’est déjà plus ou moins le cas dans la mesure où les fournisseurs d’accès acceptent souvent de donner des informations sur leurs clients, au même titre que les opérateurs mobiles. Google reçoit beaucoup de requêtes gouvernementales.

Il faut aussi citer les add-ons que les webmasters mettent sur leur site pour diverses raisons qui consistent en une requête javascript vers un serveur distant, ce qui donne la possibilité (souvent appliquée) d’établir une liste de sites visités par adresses IP. Il s’agit des services d’analyse de traffic, des régies publicitaires et des widgets (en particulier les incursions de FaceBook un peu partout sur le web).

Un des plus gros problèmes pour la vie privée de l’internaute (a part le fait qu’elle se perds, il suffit de voir ce que les gens postent inconsciemment sur le web) est le développement de base de données le concernant. Ça paraît orwellien et je crois que ce danger n’est pas pris au sérieux parce-qu’on s’imagine que ce genre de choses demande du temps et de l’énergie. Cependant ce n’est plus le cas. Google fiche ses utilisateurs dans le but de cibler la publicité, c’est sa principale source de revenus. Il suffit de faire quelques recherches google sur un thème précis pour voir apparaître des publicités ciblées dans les encarts AdWords.

Il y a des cas où l’utilisateur lui-même investi de l’énergie à remplir sa base de donnée, ce sont les réseaux sociaux centralisés (pas besoin de citer le principal). En matière de contrôle des populations, ou ingénierie sociale, c’est une aubaine. Il suffit de coupler de la psycho/socio-logie avec de l’analyse statistique, développer quelques algorithmes pour l’appliquer sur les bases de données d’utilisateurs et on crée un nouvel outil permettant de mettre en évidence des tendances générales ou des profils particuliers (détections de dissidents potentiels pour investigation approfondie ? Sait-on jamais, c’est possible).

public class web extends média

En tant que média, le web est porteur de possibilités fantastiques. Contrairement aux médias classiques dont les propriétaires sont de moins en moins nombreux[2] et la ligne éditoriale contrôlée, le web est éclectique. Il ne faut pas avoir fait d’études particulières, passer d’entretient d’embauche, satisfaire les actionnaires ou engager des fonds propres pour s’exprimer sur un blog, il suffit d’avoir quelque-chose en tête et la volonté de le partager (c’est déjà mieux que beaucoup de journalistes). Le fait que le web soit un média plural en fait un vecteur de progrès pour la conscience collective, de même que tous les mouvements d’expression populaires (indignés).

Les bloggeurs se trouvent malheureusement victimes des mêmes limites de la liberté d’expression que les autres médias, et lorsque les conséquences sont graves ça provoque de l’auto-censure. Selon les sujets qu’ils abordent, ils sont parfois attaqués en justice, voir même assassinés.

NB

J’ai écris ce texte avant qu’on parle de PIPA et SOPA. Il est maintenant clair que la liberté du web est en jeu, la diffusion de l’information est primordiale quand il est question de pouvoir (George Orwell à propos de l’information : « Qui contrôle le passé, contrôle le futur ; qui contrôle le présent, contrôle le passé ») et les forces qui ont intérêt à la contrôler passent à l’offensive pour obtenir un droit de censure sur internet. Il faut dire que les autres sources d’information sont déjà dans une certaine mesure sous contrôle : les journaux et la télévision sont obligés de suivre une ligne éditoriale pour satisfaire leurs investisseurs ; et de toute manière la recherche de rentabilité fait disparaître le vrai journalisme au profit du simple reportage, il arrive que tous les médias principaux diffusent des informations erronées (voir la dernière question de l’interview). Parfois même, l’information est volontairement manipulée pour servir des intérêts politiques. Bref, internet est le seul média qui permette la libre diffusion de l’information et je crois que son importance est capitale pour augmenter la démocratie (rappel : démos = peuple, cratos = pouvoir ; actuellement on vit dans un régime représentatif), plus le peuple est informé plus il est en mesure de comprendre et d’orienter son avenir. Bien que beaucoup choisissent la facilité, comme regarder le journal de RTL-TVI, consommer du divertissement et ne jamais se questionner, j’ai l’impression que l’être humain est dans une époque de conscientisation qui devrait changer l’équilibre entre l’élite instruite et le peuple-bétail.

Quelques liens complémentaires
http://fr.rsf.org/internet.html
http://www.laquadrature.net
La justice européenne dit non au filtrage systématique d’Internet
Loppsi : les personnes habilitées à utiliser le mouchard dévoilées
Wikileaks, le PROTECT-IP Act, ou comment asphyxier une organisation



[1]Ce texte traite principalement du web plutôt que de l’internet dans sa totalité. Bien que certains thèmes abordés soient également valables pour les mails ou le P2P, je m’y perdrait si il fallait tout prendre en compte.

[2]Je ne retrouve plus le graphique de cette évolution mais voici les principaux propriétaires contre plus de 100 dans les années 50.

janvier 13th, 2012 By Whisno Categories: Informatique

C’est un truc aussi indéfinissable que le lien entre ces quatre images. Tout y a sa place même celui en bas à gauche.

août 26th, 2011 By Whisno Categories: Conscience, Vintage

Sauf qu’on parlera de néo-libéralisme au lieu de communisme ;-)

août 17th, 2011 By Whisno Categories: Conscience, Essais, Informatique

Depuis quelques années, FaceBook s’est imposé comme réseau social par excellence. C’est-à-dire que presque 2 000 000 de personnes y ont un compte. On peut supposer que la moitié s’en sert régulièrement, ça représente 1/7 de la population mondiale.

Chaque action faite sur ce site laisse une trace dans une base de données (ou plutôt un cluster de bases de données mais par facilité on parlera d’une base). Même visiter un site arborant les boutons « j’aime », « partager » ou un encart FaceBook laisse une trace via une requête aux serveurs : une partie de votre historique de navigation est inventoriée. Si vous êtes sur FaceBook l’historique est lié à votre compte, si vous n’y êtes pas il est lié à votre adresse IP. Ça fait un paquet de données qui sont conservées.

De plus, ces données sont en grande partie basées sur des expressions symboliques, très faciles à quantifier et à mettre en relation. Quelques exemples : le « J’aime », le poke, les invitations, les pages, les liens d’amitié, … En fait, toute la métacommunication (si ça a un sens sur internet).

Depuis peu, on s’est rendu compte que les données « personnelles » de quelqu’un pouvaient être exploitées ou même vendues pour proposer de la publicité ciblée selon le profil des clients potentiels. Ce qui m’intéresse ici n’est pas l’éthique de ces pratiques, c’est la génération, par des algorithmes, de profils basés sur des données personnelles.

C’est une technique toute neuve, et comme souvent ses premières utilisations sont commerciales. Mais jusqu’où peut-on aller dans l’exploitation de ces données ? Analyses psychologiques, comportementales, relationnelles ? En fait, tout ce qui va de l’analyse de l’individu jusqu’à l’analyse de populations (au sens sociologique) selon moi.

Il est à supposer que les innombrables possibilités ouvertes par une telle base de données seront petit à petit développées à l’avenir. Une des premières sera surement la détection d’individus « à risque » afin de les surveiller. Et bien sur, des énormes avancées scientifiques (sociologie et psychologie au sens large) à l’aide d’outils d’analyse statistique.

Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer cette tendance arrivée à terme : une interface pouvoir-peuple entièrement optimisée, peut-être même en appliquant une intelligence artificielle douée de l’apprentissage automatique (on développe ça pour l’instant). Un système qui évoluerait par lui-même vers l’efficacité maximale, selon les principes initialement programmés. Inutile de préciser que ce serait sans politiciens, l’IA dépassant de loin les capacités de gestion d’un être humain. Faut-il rapprocher ça de Matrix, 1984, ou plus simplement de la scène de l’apprenti sorcier renversé par ses balais ?

NB : Il y a une technique toute simple pour se débarrasser des boutons des réseaux sociaux (« J’aime », « +1 », « Tweet », etc…) et donc ne plus être tracé :

  1. Installer l’add-on Adblock Plus (pour Firefox, Safari et Chrome)
  2. Aller dans les préférences puis ajouter un filtre.
  3. ||facebook.*$third-party
  4. ||google.*$third-party
  5. Et ainsi de suite.

EDIT : Concernant le bouton « j’aime », un état d’Allemagne veut l’interdire.

octobre 2nd, 2010 By Whisno Categories: Informatique, Vintage

Pub pour la conservation de la viande au début du XXè S